Le concept de livre parlant (1) est simple. Il part du principe qu'un non-voyant étant dans l'incapacité physique de lire un livre, une tierce personne le lui lira à sa place ; un peu comme nous le faisons lorsque nous lisons une histoire à un jeune enfant. En fait, il n'est pas complètement exact de dire qu'un aveugle ne peut pas lire. Ceux qui maîtrisent le braille peuvent se débrouiller seul. Cependant, la lecture en braille demande un gros effort : elle est lente et fatiguante. De la même façon que le jeune enfant qui vient juste d'apprendre à lire et pour qui la lecture est encore une tâche fastidieuse, le non-voyant appréciera l'audition d'un ouvrage. De plus, la production d'ouvrage en braille est assez faible du fait du coût de production nettement plus élevé que ceux de l'imprimerie en noir ou de l'électronique.
Pour plus d'efficacité, un livre lu par un voyant sera enregistré et pourra être reproduit afin d'être distribué à un large public. Nous discuterons des supports de stockage plus loin dans ce chapitre. Voyons d'abord l'importance du livre parlant et l'enjeu qu'il représente pour le non-voyant.
Certains s'accordent à dire que le livre parlé est un média d'information très important pour les personnes aveugles ou visuellement handicapées. Il est certain qu'il devient capital pour ceux qui ne lisent pas le braille. La création du langage braille en 1825, apparaît comme l'un des apports les plus révolutionnaires pour la communauté aveugle. Elle lui ouvrait les portes d'une plus grande autonomie en matière de communication. Cependant, il demeure toujours une population d'exclus qui ne lisent pas le braille et dont l'effectif est loin d'être négligeable par rapport au nombre total d'aveugles dans le monde. Pour ceux-là, les technologies permettant l'enregistrement et la restitution de parole est une grande opportunité dans la mesure où elle leur rend la capacité de lire et d'écrire. Comme nous l'avons vu dans le premier chapitre, l'utilisation de parole ne nécessite pas d'apprentissage particulier. Seule la connaissance des outils d'enregistrement est requise.
L'accès à l'information est un facteur déterminant pour une intégration sociale et professionnelle réussie. On imagine facilement le sens particulier de cette constatation pour les personnes visuellement déficientes. C'est un problème critique sur lequel de nombreuses personnes travaillent quotidiennement. Malheureusement, les chiffres d'inactivité pour la population de non-voyants nous rappellent que de gros efforts sont encore nécessaires pour améliorer la situation. Plus de cinquante pour-cent des déficients visuels ne trouvent pas d'activité du fait de leur handicap.
Outre cet aspect social, le côté préférentiel des utilisateurs entre en jeu. En effet, la grande qualité vocale des enregistrements de voix humaines est largement appréciée par les utilisateurs. La synthèse à partir de texte offre une alternative intéressante aux enregistrements. Elle a l'énorme avantage de s'adapter à tout type de document électronique sous forme textuelle. Les techniques de reconnaissance optique de caractères permettent, en outre, le passage à l'électronique des documents imprimés en noir. Elle conserve les facilités de modification du texte électronique. Les actions d'effacement, de déplacement et de duplication se font très simplement. Cependant, le manque de prosodie et l'aspect synthétique de la voix gênent certains usagers. Cette critique s'avère d'autant plus fondée lorsque le document consulté a un caractère hautement littéraire. La différence entre un ouvrage lu par un acteur professionnel et une synthèse est nette. Sur la question de l'adoption de l'une ou l'autre de ces techniques, les avis sont partagés et chacune possède ses adeptes. Il semble que la meilleure réponse soit une complémentarité des deux puisque, comme nous le verrons, les besoins et les exigences diffèrent suivant les utilisations.
En plus des besoins spécifiques des non-voyants, on peut noter un intérêt croissant pour le concept du livre parlant chez les voyants. Ce n'est plus une incapacité physique qui le motive mais une incapacité contextuelle. Il est des situations où nos ressources visuelles sont occupées alors que notre capacité d'attention serait suffisante pour soutenir une tâche de lecture. La situation du conducteur en est un exemple typique. Un chauffeur expérimenté est en mesure de tenir une conversation avec un interlocuteur tout en conduisant. Il est donc capable d'écouter un livre alors qu'il est dans l'incapacité de lire un livre. Les tâches routinières n'exigent que peu de ressources cognitives, ce qui offre la possibilité de mener à bien une seconde tâche, à condition que celle-ci ne nécessite pas, non plus, une attention trop soutenue. Les transports en commun ne sont pas des lieux propices à la lecture : secousses, manque de place, ambiance bruitée... Une écoute convient mieux à ce genre de situation. Un marché est donc en train de se développer autour des livres parlants. On peut lire ce qui suit sur la page Web du serveur d'une compagnie située dans l'état du Michigan :
" Passez-vous du temps dans votre voiture ? Combien d'heures par semaines passez-vous à conduire, ou à faire des tâches routinières ? Ne vous êtes-vous jamais plaint de ce que vous n'arrivez jamais à trouver le temps de lire ? Maintenant, vous pouvez transformer ce temps perdu en temps productif avec les livres sonores. Nous avons plus de 5000 titres en stock qui couvrent plus de 22 catégories. "
En France, pour l'année 1993, l'association Valentin Haüy compte, à elle seule, 5 800 titres de livres parlés disponibles en prêt ; 600 000 prêts enregistrés ; 270 nouveaux titres parus, contre 230 en braille ; et 8 200 emprunteurs sont inscrits à ses bibliothèques [Qui96]. Les ouvrages sont exclusivement délivrés en cassettes analogiques.
Les livres parlants sont des livres dont les textes ont été enregistrés par un lecteur humain sur un support d'enregistrement permettant à quiconque muni d'un appareillage reconnaissant le support de consulter l'ouvrage.
Le livre parlant possède une (petite) histoire puisqu'on note l'apparition du premier magnétophone à cassette en 1963 fabriqué par Phillips. Il a, au cours du temps, changer de support et de techniques de production.
Ce sont les livres parlants, en majorité, utilisé actuellement. L'enregistrement se fait dans un studio classique. L'utilisateur final reçoit l'enregistrement sur une cassette analogique, copie d'un enregistrement maître, lui aussi analogique. Dans certains pays, le disque vinyle a également été utilisé comme support. Parfois, des marqueurs spéciaux (des sons, du texte pouvant être compris durant le rembobinage rapide) sont ajoutés pour aider l'orientation.
Un studio d'enregistrement numérique est utilisé pour enregistrer la parole sur un média informatique. Il servira à la reproduction. L'utilisateur final reçoit toujours l'enregistrement sur une cassette magnétique. Le principal avantage de cette méthode d'enregistrement est sa grande qualité sonore et une longévité accrue de l'enregistrement maître.
L'enregistrement se fait en utilisant des synthèses vocales de grande qualité qui prennent, en entrée, des textes électroniques dans un format reconnu par un ordinateur et produit, en sortie, de la parole synthétique de grande qualité. L'utilisateur final reçoit le livre parlant sur une cassette analogique préenregistrée. Si le texte original est structuré, des marqueurs sonores peuvent être insérés.
La partie enregistrement de ce type de livre parlant consiste en la préparation d'un texte non structuré, par exemple au format ASCII, d'un livre sur un support reconnu par un ordinateur, généralement une disquette. L'utilisateur final reçoit une copie du texte préparé qu'il pourra lire avec une synthèse vocale sur son ordinateur. L'utilisation du braille ou d'un agrandisseur d'écran est également possible.
L'enregistrement, dans ce cas, signifie la préparation du texte du livre que l'on souhaite distribuer, dans un format structuré bien défini (le formalisme SGML par exemple) sur un support informatique. Le choix d'un procédé de structuration approprié constitue aussi une part de la préparation. L'utilisateur final aura besoin d'un ordinateur avec du logiciel spécialisé, un interpréteur SGML (navigateur), et du matériel de restitution vocale ou braille.
La production de livres hybrides électroniques se fait en deux étapes. D'une part, il y a le document textuel électronique structuré. La structure peut être à base de SGML, par exemple HTML (formalisme du World Wide Web). D'autre part, il y a la version sonore du livre qui peut être produite de manière variée. La version sonore sera structurée par sa mise en liaison avec le texte. L'utilisateur final devra posséder un interpréteur SGML et du matériel de restitution sonore.
Le livre sera enregistré par un lecteur avec du matériel numérique sur un support informatique. Des marques seront conjointement repérées dans des fichiers annexes. Un outil spécialisé permettra l'utilisation de ces marques pour une meilleure navigation à l'intérieur du document sonore.
Les différences entre les divers types de livres parlants, que nous venons de voir, peuvent se distinguer selon trois points de vue : les techniques d'enregistrement, le media d'information, les techniques de restitution.
Notre proposition (la dernière) se distingue par le fait qu'elle fournit un document sonore structuré sans pour cela nécessiter le support textuel. De plus, la structuration du document est totalement indépendante du document sonore. Ceci offre une souplesse permettant d'éventuelles modifications.
On note que la dernière génération (2) de livre parlant met l'accent sur la structure du document et met en œuvre des mécanismes de consultation exploitant celle-ci. Le principal but des nouveaux outils, y compris du nôtre, est d'améliorer l'accessibilité des informations contenues dans un document. Ils veulent pour cela :
Les bandes magnétiques n'offrent pas un accès direct et rapide aux informations qu'elles contiennent. C'est pourquoi, les magnétophones ne proposent que peu de fonctions de navigation dans le document. Leur utilisation devient rapidement fastidieuse lorsque le document constitue un support de travail et qu'il nécessite de multiples manipulations. Les fonctions telles que le repérage, les raccourcis de déplacement et la prise de notes apparaissent indispensables si l'on veut que les documents sonores deviennent de véritables outils de travail.
Les nouvelles technologies, à base de numérisation, peuvent, semble-t-il, apporter des solutions aux barrières techniques auxquelles se heurtent les outils actuels ; ce qui nous autorise à imaginer de nouvelles fonctionnalités de navigation adaptées aux documents sonores qui amélioreraient l'accès aux informations qu'ils contiennent.
1: On trouve aussi l'appellation livre parlé (Talking Book en anglais). ![]()
2: également appelée nouvelle génération puisqu'elle change de technologie : passage de l'analogique au numérique. ![]()
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